Pour parfaire cette stratégie de stockage le ministère du commerce a assigné depuis quelques années des quotas de stockage à chaque laiterie fabricant du lait de boisson. Ces quotas sont proportionnels aux parts de marché de chaque marque. Par ailleurs, il a assigné des niveaux de stocks mensuels qu’il veille rigoureusement à leur application. Et comme ces mesures restaient insuffisantes, on a assisté aussi dans le passé à la mise en place de certaines mesures interdisant la fabrication de sous produits (yaourt, lait fermenté, lait entier, lait écrémé, lait enrichi,…) afin de diriger tout le lait parvenant aux quais de réception des laiteries à la fabrication du lait demi-écrémé.
Malgré toutes ces mesures draconiennes on a assisté durant la dernière basse saison de production à une pénurie de qualité et non pas de quantité. En effet, les consommateurs ont manifesté une forte demande pour deux marques en particulier et on parlait alors de pénurie chaque fois que ces deux marques se faisaient rares dans les étalages alors que des stocks énormes des autres marques remplissaient les mêmes étalages.
Que faire alors ?
La nouveauté cette année est que le ministère de commerce aura à superviser l’opération de déstockage chez toutes les laiteries. Chaque laiterie n’a plus la latitude de vendre librement ses produits vu qu’elle aura un niveau de stock mensuel à respecter sous peine de voir sa subvention de stockage et sa production de produits à forte valeur ajoutée confisquées.
Le paradoxe qui m’inquiète dans toute cette histoire est le suivant :
Pourquoi sévir au niveau du secteur organisé durant la basse saison de production et fermer les yeux sur les agissements d’un secteur informel qui ne connaît son apogée que durant la même période? Pourtant les textes législatifs interdisant la vente directe du lait cru sont explicites, les services du ministère du commerce n’auront qu’à appliquer la loi.
Pourquoi les chiffres relatifs à l’approvisionnement du marché durant cette période seraient plus importants que le pourcentage du frelatage et le nombre de germes pathogènes : brucellose, salmonellose, listeria, tuberculose,…que renferme le lait colporté de porte à porte ou destiné aux crèmeries des zones urbaines et péri-urbaines?
Ne serait-il pas plus judicieux de sévir auprès de ces colporteurs et permettre ainsi de rediriger plus de lait cru vers les laiteries, (environ 500 000 à 600 000 L/j de lait cru (ou ce qui ressemble à du lait cru) approvisionnent les crèmeries du Grand Tunis au mois de Ramadan) ?
A méditer